La Ferrari F355 : 30 ans d’excellence mécanique et de séduction intemporelle

En 2024, la Ferrari F355 célébrait ses 30 ans. Ce modèle emblématique, produit entre 1994 et 1999, marque une étape essentielle dans l’histoire de Maranello. Elle succède à la 348 avec une révolution aussi bien esthétique que technique, positionnant la F355 comme l’une des Ferrari les plus marquantes de l’ère moderne.

Une ligne raffinée signée Pininfarina

La F355 revient à des formes plus fluides et musclées, délaissant les stries latérales de la 348 pour des entrées d’air plus sobres, dans l’esprit des 308 GTB. Disponible en trois déclinaisons — Berlinetta (coupé), GTS (Targa) et Spider (cabriolet) — elle séduit encore aujourd’hui par son équilibre visuel parfait. Les proportions sont compactes, tendues, et toujours aussi irrésistibles, surtout dans des teintes iconiques comme le Blu Le Mans métallisé.

Un moteur V8 atmosphérique inoubliable

Sous le capot, le V8 de 3496 cm³ est un chef-d’œuvre mécanique. Doté de cinq soupapes par cylindre — d’où l’appellation F355 — il délivre 380 ch à 8250 tr/min et un couple de 370 Nm. Ce moteur, type F129B puis F129C, était le plus performant en chevaux par litre à son lancement. Il combine des matériaux nobles (bielles titane, pistons forgés, vilebrequin plat) et un son d’admission d’une pureté musicale. Le régime maxi de 8500 tr/min est aussi grisant qu’addictif.

Transmission manuelle ou boîte F1, un choix d’époque

Si la majorité des F355 furent livrées avec une boîte manuelle à 6 rapports et sa grille en aluminium si caractéristique, Ferrari introduit en 1997 une version à boîte F1 robotisée. Directement issue de la technologie de la Scuderia, elle est la première voiture de route au monde à offrir cette technologie. Moins fluide qu’une boîte à double embrayage actuelle, elle permet toutefois une immersion dans l’univers de la course inédite à l’époque.

Comportement routier affûté

Par rapport à la 348, la F355 progresse dans tous les domaines : châssis raffiné avec amortissement piloté, direction plus précise, boîte améliorée, et tenue de route plus sécurisante. Grâce à un fond plat et un extracteur arrière, l’aérodynamique est aussi travaillée. Elle réalise le 0 à 100 km/h en 4,7 s et atteint 295 km/h en pointe — des chiffres qui la rapprochent des performances d’une GTO dix ans plus tôt.

Confort et facilité d’usage

La F355 inaugure un nouveau standard de polyvalence chez Ferrari. Le moteur démarre facilement à froid, le levier de vitesse chauffe plus rapidement grâce à un échangeur thermique, et l’agrément en ville est décuplé. L’ergonomie, la position de conduite et la finition — bien que perfectibles — rendent les longs trajets plus accessibles que sur les modèles précédents.

Les déclinaisons : Berlinetta, GTS, Spider, Challenge, Fiorano

  • Berlinetta : coupé pur et racé, le plus répandu.
  • GTS : rare version avec toit amovible, combinant rigidité et plaisir à ciel ouvert.
  • Spider : cabriolet pur avec capote électrique, élégant et désirable.
  • F355 Challenge : version piste, 108 exemplaires, non homologuée route.
  • Serie Fiorano : série spéciale 1999, châssis affûté et production limitée à 104 exemplaires.

Une pureté mécanique qui défie les supercars de son époque

Lancée à une époque où les supercars misaient davantage sur la brutalité que sur l’équilibre, la Ferrari F355 a brillamment relevé le défi posé par des concurrentes prestigieuses telles que la Lamborghini Diablo, la Porsche 993 Turbo ou même la surmédiatisée McLaren F1. Moins puissante sur le papier que certaines d’entre elles, la F355 compensait par une légèreté bienvenue, une architecture parfaitement équilibrée et une tenue de route exceptionnelle, y compris à haute vitesse. Sur circuit, elle impressionnait par sa précision chirurgicale, sa direction d’une rare finesse et sa capacité à avaler les courbes avec un naturel déconcertant. Là où la Diablo peinait à dissimuler son embonpoint et où la McLaren F1 pouvait se montrer capricieuse en conduite engagée, la F355 offrait une maîtrise accessible, fluide, intuitive. Elle incarnait cette école italienne du “pilotage plaisir”, alliant rigueur mécanique et envolées lyriques, notamment grâce à son fabuleux V8 atmosphérique de 380 chevaux hurlant à 8500 tr/min. C’est ce savant dosage entre performance, agilité et émotion qui permet aujourd’hui à la F355 de rester l’une des berlinettes les plus désirables des années 90.

Cote et collectibilité

Avec 11 273 unités produites, la F355 reste relativement accessible dans l’univers Ferrari, mais certaines versions deviennent très recherchées :

  • Les boîtes manuelles sont nettement plus cotées que les F1.
  • La GTS, moins produite que la Berlinetta ou la Spider, est particulièrement rare.
  • Les exemplaires bien entretenus, avec historique limpide, matching numbers (moteur F129C, boîte mécanique 6 rapports), et configurations d’origine (teinte, sellerie), sont les plus recherchés.

Un placement plaisir devenu stratégique

Sur le marché global, la Ferrari F355 bénéficie d’un engouement croissant, porté par un double phénomène : la nostalgie des années 90 et la rareté croissante des sportives atmosphériques à boîte manuelle. Alors que l’électrification gagne du terrain, les collectionneurs et amateurs éclairés se tournent vers des modèles emblématiques comme la F355, perçue comme l’une des dernières véritables Ferrari analogiques. La montée rapide des cotes observée aux États-Unis (+125 à +274 % en 5 ans selon l’état du véhicule) et la forte progression du marché allemand (+44 % en 5 ans, +6,5 % sur les trois derniers mois) confirment cette tendance. Investir dans une F355 aujourd’hui, c’est miser sur un véhicule à la fois rare, désirable et porteur d’une valeur refuge, alliant plaisir de conduite et potentiel de valorisation. Une stratégie de passionné, mais loin d’être dénuée de sens.

Avec la légère accalmie observée après une envolée spectaculaire, la courbe nous souffle une évidence :
c’est maintenant qu’il faut monter à bord, avant que la F355 ne reprenne irrémédiablement de l’altitude.

À surveiller lors de l’achat

  • Les collecteurs d’échappement sont fragiles.
  • Les guides de soupapes ont pu poser problème.
  • Les commandes intérieures ont un revêtement collant avec le temps.
  • Le remplacement de la courroie de distribution tous les 5 ans implique souvent la dépose moteur.
  • Les versions F1 peuvent être coûteuses à entretenir si mal suivies.

Un dernier mot ?

La F355 est la dernière Ferrari dessinée intégralement par Pininfarina, et la dernière à allier ainsi tradition, pureté et envolées mécaniques. Elle incarne une époque bénie : celle où l’on pouvait encore vivre des sensations de course sans filtre électronique… tout en écoutant un CD dans un habitacle en cuir beige.

C’est une voiture de passion, de collection, et de plaisir. Elle n’est pas pour tout le monde. Mais si vous êtes celui ou celle qu’elle attend, alors faites le premier pas.

© Photos : JoshBryan

Good Timers - Automobiles Classiques